France et Angleterre


Entre 900 et 1100, en France, comme presque partout en Europe, un nouvel État se mit en place. Le système féodal se développa avant la formation d’une royauté centralisée. Vers la fin du Xe siècle, il y avait en France une cinquantaine d’unités territoriales distinctes, dont cinq ou six grands duchés. Ce fut la dynastie capétienne qui réussit par une politique d’agressions militaires et d’alliances matrimoniales à affirmer sa souveraineté sur le pays. Le berceau des Capétiens fut l’Île-de-France, autour de laquelle furent rattachés petit à petit les territoires des grands féodaux. Plusieurs rois jouèrent un rôle essentiel dans la formation d’un royaume centralisé : Louis VII, aidé par son conseiller Suger, affirma la fonction de justice des rois. Philippe Auguste annexa la Normandie, l’Anjou, le Maine, la Touraine et l’Artois, ce qui fit tripler la taille du domaine royal. Ce lent phénomène de concentration fut remis en cause à maintes reprises aux siècles suivants par la guerre de Cent Ans et les guerres de Religion, mais le tissu féodal ne se rompit jamais tout à fait et la royauté affaiblie réussit toujours à se rétablir.

Le XIe siècle vit la conquête de l’Angleterre par les descendants des Vikings installés en Normandie depuis moins d’un siècle et des seigneurs français. Sujets du roi de France, les Normands firent irruption en Angleterre en 1066. Le duc de Normandie Guillaume Ier le Conquérant mit fin, à la bataille d’Hastings, à la dynastie anglo-saxonne d’Harold. Au lendemain de sa victoire, il procéda à la distribution de cinq mille fiefs qui lui permirent de contrôler le pays. Introduisant la féodalité, Guillaume opéra la synthèse entre les institutions anglo-saxonnes et les institutions normandes, donnant à l’Angleterre un État centralisé et unifié, sans équivalent à cette époque.

Louis VII

Le roi Louis VII
Le roi Louis VII

L'Allemagne


L’Allemagne prit un chemin exactement inverse. Dans les pays germaniques subsistait une paysannerie libre (allodiale) et une noblesse clanique, fédérée, où n’existaient pas les rapports de vassalité. L’administration carolingienne fut plaquée sur cette formation sociale. Quand elle eut disparu, la noblesse combla le vide politique en créant des duchés nationaux : ce fut le cas en Thuringe, en Saxe, en Souabe, en Franconie et en Bavière. Le danger des invasions hongroises amena les ducs à élire un suzerain parmi leurs pairs : ce fut le duc de Saxe, Othon Ier, qui fut le premier empereur germanique. Les Othoniens tentèrent d’unifier l’Allemagne, mais se heurtèrent à une noblesse de même rang qu’eux et qui résista vigoureusement. Au XIe siècle, la dynastie salienne, en créant une classe spéciale de ministeriales royaux (officiers royaux, de condition servile), tenta de récupérer ses pouvoirs perdus. Ce recours était le signe de la faiblesse de la fonction monarchique en Allemagne.

D’une certaine manière, toute l’histoire postérieure du Saint Empire fut une suite de tentatives d’édification d’une pyramide d’allégeances féodales qui ne purent aboutir. Au début du XIIe siècle, les Saliens échouèrent en raison de la querelle des Investitures. La noblesse allemande, contrée par l’empereur, saisit l’occasion de se révolter au nom du pape. En cinquante ans de guerres et d’exactions, l’aristocratie germanique détruisit la base allodiale de la paysannerie, qui fut réduite au servage et se vit imposer des obligations féodales. Les effets politiques de cet événement furent irréversibles.

Les Hohenstaufen, qui accédèrent au trône impérial après ce bouleversement, ne purent inverser le mouvement. Frédéric Ier Barberousse créa une classe princière parmi l’élite de ses feudataires, les Reichfürsten, qui ne résolut pas le problème. Il manqua toujours aux empereurs un domaine autonome consistant. Les empereurs germaniques tentèrent de se tailler ce domaine outre-Alpes, en Italie. Ils se heurtèrent alors pendant un siècle aux papes et aux cités italiennes, sans succès. Leur défaite fut scellée au XIIIe siècle, quand l’Empire devint définitivement électif, ce qui allait faire de l’Allemagne un pays morcelé en une poussière de principautés.

Othon 1er

Othon 1er
Othon 1er

Péninsule ibérique, Italie et Balkans


Espagne et Portugal

L’Espagne fut un cas à part : deux siècles à peine séparèrent l’occupation par les Wisigoths de la conquête musulmane. L’élément déterminant de la féodalité espagnole fut la lutte historique très particulière qui se mit en place avec la Reconquête (Reconquista). L’Espagne chrétienne et féodale, à l’exception de la Catalogne qui avait fait partie de l’Empire carolingien, dut repartir de zéro. L’occupation musulmane et la lente reconquête, partie du nord, des régions proches des Pyrénées dégagèrent des « espaces vides », les presuras, où dès le Xe siècle s’installèrent des populations en rupture de ban — anciens esclaves, paysans libres, nommés les mali homines, qui affaiblissaient les juridictions seigneuriales.

La possibilité de se procurer des esclaves musulmans retarda d’autant la formation d’une catégorie de serfs chrétiens. Après 1100, l’influence française sur les royaumes de Castille et d’Aragon, les initiatives des cisterciens à l’origine de la fondation des trois ordres monastiques militaires de Saint-Jacques, d’Alcántara et de Calatrava menèrent à la multiplication des seigneuries, mais l’apparition généralisée d’une classe de serfs attachés à la glèbe fut tardive (XIVe siècle). Le Portugal, conquis par les Suèves au Ve siècle puis absorbé par les Wisigoths, connut une évolution similaire, modelée par la Reconquête qui fut cependant beaucoup plus rapide qu’en Espagne, puisque l’Algarve fut reprise en 1249, deux siècles avant Grenade. Le roi et l’Église étaient les plus grands propriétaires fonciers du royaume : les ordres religieux militaires et la monarchie avaient un revenu de quatre à huit fois supérieur à celui de la noblesse.

L'Italie


L’Italie connut un destin particulier, lié à l’héritage romain et byzantin. La reconquête justinienne de l’Italie au VIe siècle facilita la réactivation de ce legs. L’Église fut d’abord l’héritière de l’ancienne aristocratie sénatoriale, et jusqu’au XIe siècle les évêques dominèrent les villes. Du fait de la prédominance romaine, le régime féodal en Italie ne s’aligna jamais vraiment sur les modèles féodaux conventionnels. La société rurale resta hétérogène et les villes, rejetant la domination ecclésiastique, mirent en place des gouvernements autonomes : les communes, qui, par une politique d’expansion, dominèrent très vite les campagnes, instaurant un rapport de dépendance semi-commercial, la mezzadria, une forme de métayage contractuel qui, au XIIIe siècle, était répandu dans toute l’Italie du Centre et du Nord. Au siècle suivant, le pouvoir fut confisqué par une série de tyrans, les signorie, comme les Este ou les Sforza, qui cédèrent la place aux condottieri, aventuriers militaires issus du même milieu. La présence de la papauté, qui veillait jalousement à ce qu’aucun État séculier ne prît le dessus, empêcha de même la formation d’une monarchie héréditaire capable d’unifier l’Italie.

Les Balkans


Dans les Balkans, deux faits vinrent bouleverser les équilibres. Le premier fut la lenteur de la conversion des Slaves du Sud au christianisme, son échec pourrait-on dire. Cyrille et Méthode durent inventer l’alphabet glagolitique pour les convertir à l’orthodoxie ; l’Église orthodoxe dut immédiatement accorder des patriarcats nationaux aux Églises bulgares et serbes. Seules la Slovénie et la Croatie, évangélisées par les Francs, furent rattachées à l’Église catholique romaine. D’un point de vue culturel, l’évolution se fit à rebours : le paganisme fit place à une orthodoxie séparatiste, refusant aussi bien l’hellénisme que le latinisme.

Le premier État digne de ce nom fut créé par les Bulgares, un peuple touranien, non slave. Les dynasties serbes et bulgares, influencées par l’exemple byzantin, même si elles étaient en dehors de leur sphère, visèrent surtout à créer des empires, des autocraties, par la conquête, mais aucune noblesse des Balkans n’avait les moyens de passer du stade tribal à celui d’un système de gouvernement impérial et bureaucratique. L’insurrection des bogomiles fut d’abord une réaction des paysans face aux guerres incessantes avec Byzance. Le deuxième fait fut la conquête ottomane, consacrée par la défaite des noblesses bulgares et serbes à Maritza puis à la bataille de Kosovo Polje en 1389. L’agression ottomane coupa les Balkans du reste de l’Europe de manière radicale et définitive.

L’Europe du Nord, la Russie et la Pologne


Scandinavie, Russie

La Scandinavie connut un développement tout aussi particulier, en raison des structures égalitaires qui régnaient dans le monde nordique. La paysannerie suédoise resta jusqu’au XVe siècle détentrice de la moitié des terres de la Suède. La Russie et la Pologne connurent un régime féodal encore différent. Si des communautés paysannes libres, comme le mir russe, survécurent longtemps, le servage fut rapidement la caractéristique du régime agraire de ces deux pays. La féodalité y dura plus longtemps que partout ailleurs, en raison de la défaite des villes qui étaient aux mains des propriétaires fonciers et de la noblesse. Elles ne purent s’émanciper et rééquilibrer les rapports de force. En outre, le développement de l’État en Russie se fit sur le mode oriental. L’État moscovite ressortit au modèle byzantin, l’autocratie y fut la loi.

Le régime féodal dura longtemps. Il fut contesté aux siècles suivants : révoltes paysannes, jacqueries en France, révolte des paysans de 1381 en Angleterre, remensas de Catalogne en 1469, etc. Le monde rural et paysan ne cessa de se rebeller jusqu’aux grandes explosions des révolutions de la fin du XVIIIe siècle qui, dans beaucoup de pays, lui donna la pleine propriété de la terre.

La féodalité

Féodalité en Russie
Féodalité en Russie

L’unité culturelle


Les forces matérielles et intellectuelles qui se sont libérées au XIIe siècle ont continué d’exercer une influence pendant les deux siècles suivants. L’Europe, à l’exception de ses marges, était désormais relativement unifiée sur le plan culturel et l’Église était la représentation institutionnelle de cette unité. Celle-ci se manifesta avec la plus grande force dans une succession d’expéditions militaires, les croisades, qui visaient à reprendre à l’islam les Lieux saints du Proche-Orient.

Les autorités religieuses, et parmi elles le pape Urbain II, prêchèrent les croisades et obtinrent le soutien des nouveaux ordres monastiques, qui considéraient le « pèlerinage militaire » comme la voie vers le salut individuel et collectif. En réalité, l’idée de la croisade concerna toutes les classes sociales : elle attira l’aristocratie guerrière traditionnelle et les chevaliers de plus en plus nombreux et sans emploi tout autant que les paysans ou les nouvelles classes d’artisans issues du développement de la société urbaine.

Ce fut aussi une entreprise économique et politique de pillage d’une société rivale. L’unité culturelle de la chrétienté s’exprima d’une façon tout aussi intolérante à l’encontre des populations non chrétiennes qui vivaient à l’intérieur de l’Europe et à ses frontières. Les temps furent aussi marqués par la montée des hérésies, qui étaient l’expression d’un désarroi social et intellectuel, et par des tentatives politiques et militaires de les réprimer, ainsi contre les albigeois, dans le sud de la France.

Urbain 2

Le pape Urbain 2
Le pape Urbain 2. Source Wikipedia

Les progrès de la conscience nationale


La rivalité entre l’Église et l’État pour la conquête du pouvoir devint l’un des aspects essentiels de l’histoire européenne. Au XIIIe et au XIVe siècle, l’unité culturelle de la chrétienté fut contestée par la croissance de pouvoirs séculiers nationaux, régionaux et locaux. Ce point apparut clairement dans le conflit qui opposa au cours de la guerre de Cent Ans les rois de France, devenus plus puissants, aux rois d’Angleterre, qui étaient théoriquement dans une position subalterne.

La prise de conscience d’une identité régionale et nationale, le développement du commerce à l’intérieur de l’Europe et avec l’Orient, une extraordinaire créativité intellectuelle et artistique qui prit le nom de Renaissance (voir Renaissance, art de la ; Renaissance, musique de la) et où se développa l’humanisme, ainsi que les bouleversements sociaux caractérisent « l’automne du Moyen Âge ». L’apparition de la peste noire au XIVe siècle, qui fit d’innombrables victimes en Europe occidentale, et les épidémies résurgentes qui se manifestèrent jusqu’au XVIIIe siècle ne modifièrent pas fondamentalement ces tendances.

Les explorations géographiques, en sommeil depuis près d’un millénaire, furent stimulées par l’écho des récits de Jean du Plan Carpin, de Guillaume de Rubrouck et surtout de Marco Polo, qui effectuèrent de longs voyages en Asie au XIIIe siècle. Au XVe siècle, les Européens se lancèrent sur les mers à la découverte du monde, de nouveaux marchés, de nouvelles terres. Les Portugais, sous l’impulsion d’Henri le Navigateur, longèrent les côtes de l’Afrique et dépassèrent en 1488 le cap de Bonne-Espérance. La plus grande découverte revint à Christophe Colomb. Aiguillonnée par les rivalités nationales et par la recherche de nouvelles routes commerciales vers l’Orient, la monarchie espagnole accorda son intérêt aux conjectures du navigateur italien, qui était aussi un négociant. Le résultat fut inattendu. Croyant découvrir le royaume de Cipangu (le Japon), Colomb découvrit un nouveau monde qui s’étendait à l’ouest : l’Amérique. Vasco de Gama atteignit les Indes en 1498. L’horizon physique et matériel de l’Europe s’élargissait tout en devenant un objet de curiosité et de conquête à part entière. © Emmanuel Buchot. Sources utilisées Encarta et Wikipedia.

Marco Polo
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